Pourquoi je ne comprends rien aux étiquettes de shampoing


INCI

Votre bouteille de shampoing arrive à sa fin et, comme vous en avez marre de la diluer à chaque lavage, vous faites un détour à la pharmacie pour en acheter une autre. Devant l'abondance de choix, vous vous laisserez peut-être tenter par le faible prix, par une marque qui vous plaît déjà ou alors par les promesses alléchantes de certaines compagnies. Parions que la liste d’ingrédients ne sera pas votre premier critère, et avec raison: elle est indéchiffrable!  Avec des mots tels Sodium Chloride, Glycol Distearate, Zinc Pyrithione, il y a de quoi perdre la tête. Est-ce en anglais? En latin? Dans une langue extraterrestre codée?

Eh bien, pas tout à fait. Il s’agit plutôt de l’INCI, l’abréviation de l’International Nomenclature of Cosmetic Ingredients. Élaboré dans les années 70 aux États-Unis, il doit être inscrit obligatoirement sur tous les cosmétiques depuis 1999 (une année variable selon les pays). Même s'il est difficile à déchiffrer, l’INCI comporte quelques avantages notables, surtout au niveau de l’uniformisation. Que vous soyez au Lac-Saint-Jean ou à Mumbai, tous les ingrédients des entreprises commerciales seront en INCI et classés selon leur quantité, en ordre décroissant. Et que retrouve-t-on le plus souvent en haut de la liste? De l’aqua, soit de l'eau! À méditer lorsque vous paierez 89 $ pour une crème composée à 80 % de matière qui coule gratuitement dans les robinets. Mais bon, je m’égare…

Ce que cache l'INCI

Il est obligatoire pour les compagnies de cosmétiques d’inscrire tous leurs ingrédients, mais seulement si leur composition égale ou dépasse 1 % de la totalité du produit. Ça peut sembler pratique, car aucune bouteille ne sera jamais assez large pour couvrir les centaines d’ingrédients de votre shampoing industriel. Mais cette règle du 1 % permet également aux entreprises de ne pas inscrire ce qui se cache derrière certains mots tels que «parfum» et «fragrance», qui peuvent dissimuler à leur tour des milliers d'autres ingrédients, et probablement pas les plus écolos ni sécuritaires. 

«Oui, mais les compagnies peuvent écrire la liste complète sur leur site Internet, non?» me demanderez-vous. En réalité, ce n’est pas exactement ce qui se passe. Sous couvert du secret professionnel, certaines marques revendiquent le droit de ne pas vous informer complètement. Permettons-nous de penser que d’autres raisons se cachent sous cette discrétion. Peut-être parce qu’elles ont quelque chose à cacher… mais je n’en sais rien.

Ça a l’air super chimique, ça doit être nocif!

L’adjectif «chimique» se fait maltraiter ces derniers temps. Il évoque la nocivité, les méchants scientifiques et le DANGER. Pensons simplement à l’Ethylhexylglycerin, qui a davantage l’air de nous donner une tumeur que de beaux cheveux. Pas si vite! Il ne faudrait pas oublier que chaque action de la vie est le résultat d’une réaction chimique, au final. Craindre la chimie est futile; vous ferez mieux de redouter le synthétique plutôt. 

Toutefois, certains composants potentiellement toxiques ont raison de justifier notre méfiance. La Fondation David Suzuki en a recensé 12 à éviter absolument dans les cosmétiques et que vous pouvez retrouver ici :  http://davidsuzuki.org/fr/champs-dintervention/sante/enjeux-et-recherche/substances-toxiques/les-12-ingredients-a-eviter-dans-les-produits-de-beaute/ 

Cette liste regroupe de charmants conservateurs et autres agents hydratants qui pourraient perturber votre système endocrinien, favoriser l'apparition d'un cancer ou alors menacer les écosystèmes. Veut-on réellement se mettre ça sur le corps? Parce qu’évidemment, les ingrédients à éviter ne se retrouvent pas seulement dans les shampoings, mais un peu partout sur les tablettes des pharmacies: dans le maquillage, les savons, la pâte à dents, les crèmes hydratantes, etc.

Beaucoup de recherches restent encore à faire pour démontrer les conséquences à long terme de ces substances. Mais la prochaine fois que vous voyez des PEG ou du Triclosan sur un produit, passez donc votre tour. Et si, comme moi, vous avez des passions un peu particulières et aimez décrypter les secrets du INCI, le site de Skin Deep est fantastique; il recense le niveau de toxicité de chaque ingrédient et analyse la composition de milliers de cosmétiques sur le marché : http://www.ewg.org/skindeep/

Même votre shampoing est probablement dans cette liste. Le seul hic, c'est que vous n'aurez peut-être plus envie de l'acheter par la suite...


Sources
http://www.encyclo-ecolo.com/INCI
http://www.observatoiredescosmetiques.com/
http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/pubs/indust/labelling_guide-etiquetage/index-fra.php
http://davidsuzuki.org/fr/champs-dintervention/sante/enjeux-et-recherche/substances-toxiques/les-12-ingredients-a-eviter-dans-les-produits-de-beaute/
http://www.ewg.org/skindeep/ 

Image: http://hildablue.com/2010/03/25/inci-for-dummies/


Laissez un commentaire