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Portraits d’artisanes - Dompierre et sa céramique sobre et minimaliste

Vous avez peut-être vu ses gobelets ceinturés d’un mince filet d’or, ses tasses striées de petites croix ou ses assiettes scintillantes dans une boutique ou un marché de Noël. La signature visuelle de Marie-Ève Dompierre est reconnaissable au premier regard: des couleurs sobres dominées par le beige, le gris et le noir, avec des touches dorées. Portrait d’une artiste qui allie objets utiles et beauté fragile. 

Dans son atelier-boutique ensoleillé de la rue Jarry Ouest, Marie-Ève Dompierre vient de terminer un atelier de porte-savon en céramique suivi par une dizaine de personnes. Alors que je prépare le cours de savon qui suivra en cet après-midi de février, elle me montre les confections des étudiantes de ce dimanche de février, impressionnée par leur créativité et leur intérêt. «Elles sont tellement bonnes!» me lance la trentenaire. 

Première rencontre

J’ai rencontré Marie-Ève dans un marché d’artisan(e)s en mai 2017. Nos tables étaient côte à côte et elle m’a demandé de lui prêter un savon à la menthe pour mettre en valeur son porte-savon. C’était mon premier vrai marché et la nervosité serrait mon ventre. Tout le contraire de la céramiste, qui semblait tellement calme et expérimentée à côté du paquet de nerfs contrôlé que j’étais.  

«Elle ressemble à Emma Stone», avait chuchoté mon copain de l’époque. La première chose qui frappe quand on parle à Marie-Ève, ce sont ses grands yeux bleus et perçants. On sent rapidement son fort caractère et sa ténacité. Pendant cette longue fin de semaine, je lui posais des questions sur son métier en essayant de pas trop la déranger. Je regardais ses pièces et je lui demandais si je pourrais en faire comme les siennes, que ça devait pas être SI compliqué. Elle m’a regardé avec un p’tit sourire en coin. Eh boy que je réalisais pas le travail derrière ça. 

Des mois plus tard, c’est lors de mes cours en céramique avec Gaële que j’ai compris à quel point je devais être insultante à l’époque. La céramique, c’est dur! Ça prend une technique, de la concentration et surtout, des centaines d’heures de pratique. Les pièces que vous voyez en boutique ne sont pas l’oeuvre d’une personne autodidacte qui a appris à faire ça en une fin de semaine, mais le résultat d’études et de travail acharné, avec des frustrations constantes: les pièces qui cassent, les fours à cuisson qui lâchent, les défauts de fabrication. J'ignorais que la céramique s’enseignait dans plusieurs cégeps et universités de manière sérieuse et professionnelle, c’est tout dire. 

Tout lâcher pour la terre

Reculons de quelques années, à une époque où la céramique était plutôt désignée sous le nom de poterie et était considérée comme un passe-temps pour le moins quétaine. Cet art ne rimait pas avec moderne et design, mais plutôt avec les mots matante et risible. Ça n’a pas empêché la brunette originaire de Saint-Raymond de Portneuf d’essayer la céramique par hasard. «J'ai pris un petit cours d'initiation avec un ami et j'ai eu un coup de foudre instantané! C'était vraiment pas prévu dans mon plan de carrière, mais l'appel de la terre était tellement fort que j'ai tout changé pour me consacrer à la céramique», raconte celle qui a étudié en arts et en photographie. Avec un père ébéniste et une mère qui excelle aussi bien en tricot qu’en peinture, pas étonnant que Marie-Ève se soit dirigée dans un domaine artistique. 

 Aujourd’hui, on retrouve les créations Dompierre dans plusieurs boutiques de Montréal et sur son site Internet. Celle qui enseigne les bases de la céramique auprès de publics de tous âges s’occupe de pratiquement tout dans son entreprise, avec l’aide d’assistantes pour faire quelques-unes des nombreuses étapes que nécessite une pièce. «Il y a plusieurs aspects que j'aime, mais la fabrication des pièces est toujours la partie la plus plaisante, la création d'une nouvelle collection est aussi très stimulante».

Si posséder sa propre entreprise lui donne une liberté qu’elle n’échangerait pas pour un travail salarié, ça ne vient pas sans son lot de défis, comme la comptabilité, la précarité financière et la difficulté de respecter ses limites. Bref, des difficultés que rencontrent la majorité des travailleurs autonomes. Ce qui la rend la plus fière? «La renommée du nom. Parfois, des gens parlent de mon entreprise comme d'une référence» raconte avec surprise l’artisane, à mille lieues de toute arrogance. Mais n’allez pas lui dire que tout le monde pourrait faire ça!


Pour en savoir plus: http://www.marieevedompierre.com/

Crédits photo:
Portraits en noir et blanc:  Marie Ève Rompre
Bols dorés: Roger Proulx
Autres photos: Marie-Ève Dompierre


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