Prendre soin de soi, un petit pot à la fois


On répète sur toutes les tribunes l’importance de prendre du temps pour soi, d’encourager l’économie locale et de poser des bons gestes pour l’environnement. Des actions pas toujours évidentes à faire, on s’entend! Et si fabriquer ses propres cosmétiques pouvait rassembler ces trois notions? Petit tour d’horizon sur la popularité des soins faits maison.

Un jeudi soir frisquet d’octobre, dans un loft du Mile-End. Alors que le soleil couchant teinte les larges fenêtres en rose et orange, les femmes devant moi sont penchées au-dessus de leurs petits pots. Avec minutie, elles versent quelques gouttes de menthe poivrée dans leur pâte à dents et respirent les effluves des huiles essentielles afin de choisir celles qu’elles mettront dans leur déodorant. L’ambiance est chaleureuse, pas trop sérieuse. Qu’elle soit étudiante, mère de trois enfants ou en voyage à Montréal, chacune d’entre elle a pris du temps, dans un horaire surchargé, pour apprendre à faire ses produits cosmétiques et d’hygiène. Et elles ne sont pas les seules, car les ateliers de ce genre fleurissent un peu partout à Montréal et au Québec.

Des ingrédients peu rassurants

Mais pourquoi faire des produits qu’on retrouve facilement en pharmacie? Paradoxalement, cela pourrait être la faute aux multinationales de la beauté si de plus en plus de gens se tournent vers les cosmétiques maison. Devant le nombre croissant d’études qui remettent en question l’innocuité de plusieurs ingrédients courants dans les cosmétiques, notamment les fragrances et les conservateurs, ce que cachent nos soins pour la peau n’a rien de joli. On accuse certains d’entre eux d’être des perturbateurs endocriniens, de causer des allergies ou encore d’être nocifs pour l’environnement. Et ce n’est que le début! Parions que les révélations à venir ne seront guère plus réjouissantes.

«Il faut arrêter d’avoir une confiance aveugle envers les compagnies», lance l’auteure du livre Cosmétiques non toxiques, Sylvie Fortin, qui dénonce les publicités mensongères des entreprises. Elle cite en exemple le pétrole, l’ingrédient principal de nombreux baumes à lèvres sur le marché. Quand on sait en plus que cette substance polluante ne possède aucun bénéfice pour la peau, disons qu’on a un peu moins le goût de s’en mettre sur la bouche… Si Sylvie Fortin donne des cours sur ce sujet depuis une vingtaine d’années près de Lévis, elle constate un engouement récent pour les produits de soins faits à la main. Il faut dire que les avantages sont nombreux. «Je sais ce que je vais utiliser comme produits sur ma peau et c'est agréable de faire son produit soi-même», déclare Pénélope, l’une des participantes de mon atelier du Mile-End.

Un geste pour soi… et l’environnement

L’aspect écolo n’est pas à négliger, car les cosmétiques maison nécessitent souvent peu d’ingrédients et peuvent se faire dans des contenants réutilisables. Un pot de confiture bien nettoyé, et voilà le contenant idéal pour votre sel de bain! C’est également une belle opportunité d’encourager le commerce local. On a qu’à penser aux huiles de tournesol et de chanvre cultivées dans la belle province, ou alors aux huiles essentielles de conifères récoltées ici. Ces ingrédients constituent une base de choix pour des cosmétiques, en plus d’offrir des propriétés fort intéressantes pour la peau.

«Ça ne coûte pas nécessairement moins cher de fabriquer ses produits soi-même dépendamment de ce qu'on y met, mais on obtient un produit de qualité équivalente ou supérieure. [...] De plus, quand on est un peu manuel(le), c'est super plaisant et surtout super gratifiant de savoir qu'on a fait nos produits nous-même», explique Sarah Morneau, conseillère à l’herboristerie l’Alchimiste en herbe, où elle offre notamment des ateliers de cosmétiques et de soins thérapeutiques. La jeune femme partage également son savoir depuis un an à l’Académie herboliste de Montréal, qui dispense plusieurs ateliers et cours axés sur la santé et les cosmétiques à faire soi-même. Et pas besoin d’acheter des ingrédients rares ou coûteux pour commencer. Souvent, le contenu de notre garde-manger fournit une base intéressante pour beaucoup de produits. C’est le cas du déodorant, que l’on peut faire à base d’huile de noix de coco, du bicarbonate de soude et de fécule de maïs.

Explorer sa créativité, concevoir des produits adaptés à notre peau et moins gaspiller: faire ses cosmétiques semble l’option parfaite, non? Oui, à condition de prendre le temps pour les faire et d’y aller une étape à la fois. Sylvie Fortin conseille de commencer par des baumes à lèvres, faciles à faire et qui nécessitent peu d’ingrédients. Qui dit mieux? Attention, le risque de devenir accro est grand... tout comme celui qu’on vous regarde un peu de travers lorsque vous dites que vous faites votre pâte à dents!

Quelques sites Internet pour des recettes de cosmétiques

Blogue des Trappeuses: lestrappeuse.es

L’essentiel de Julien: lessentieldejulien.com

Aroma-zone: aroma-zone.com

Le site de Sylvie Fortin: https://cosmetiquesnontoxiques.net/author/sylviefortin5/

Cet article a été écrit pour le magazine Boucle, en vente ici: https://boucle-magazine.myshopify.com/


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